Argument de la journée d’étude

dimanche 16 juillet 2017, par Clémence Large

Voici l’argument de la journée d’étude "La migration au prisme des mots. Catégorisations et représentations". Elle se tiendra dans l’amphithéâtre Descartes de l’ENS de Lyon le vendredi 03 novembre 2017 entre 9h et 18h.

Argument de la journée d’étude

Les phénomènes migratoires, contemporains ou historiques, ont été à l’origine de la production d’un lexique varié soumis à des modifications et des évolutions dépendant du locuteur et du contexte. Les mots, à cet égard, sont révélateurs d’imaginaires collectifs denses et diversifiés, ils jouent un rôle – jamais neutre – aussi bien dans des processus de catégorisation que dans des processus de représentation. La dénomination interroge ainsi la façon dont nous nous représentons migrations et individus en migration aux différents stades de leurs parcours.

À la lumière des notions centrales de catégorisation et représentation, nous aimerions proposer une journée de réflexion sur les enjeux de la dénomination et leurs conséquences à la fois en termes de représentations, que ce soient celles des autochtones ou celles que les migrants ont d’eux-mêmes, et en termes de catégorisation juridiques, sociales, etc.

Il s’agirait d’interroger la manière dont des schémas de représentation sont formés par les divers acteurs de la migration et participent à une rationalisation spécifique des expériences migratoires. Cette rationalisation semblerait néanmoins dessiner deux grands systèmes de représentation dominants : d’une part un paradigme de type humanitaire/sécuritaire, d’autre part, un paradigme que l’on qualifiera d’utilitariste – où le migrant est tour à tour un coût ou un profit économique ou démographique – et qui vise souvent à défendre des politiques migratoires permettant d’adapter les flux à des besoins définis par les États.

Mais au-delà de la question de la représentation, nous proposons d’interroger la migration en termes de constructivisme ; que ce soit en adoptant le point de vue de la sociologie qui veut que les catégories résultent des représentations collectives et d’interactions sociales ou celui du droit qui fait de la catégorie un préalable à l’application d’un régime ou d’un statut, en soulignant qu’il ne s’agit pas d’une opération « neutre » de décalque dans les lois de réalités préexistantes. Tout un étoilement de termes contribue ainsi à la mise en place d’un double processus de visibilisation et d’invisibilisation mais également de hiérarchisation des personnes en migration et des types de migrations. Quelles sont les conséquences de ces processus de dénomination sur les individus ?

De manière plus concrète il est possible d’aborder ces questions de visibilisation en réfléchissant aux enjeux de hiérarchisation face aux différences de classe, d’origines géographiques, mais également en abordant la question du genre et notamment en réfléchissant aux emplois du terme féminin « migrante ».

À l’échelle de l’individu, comment l’opération d’abstraction que représente la catégorisation vient-elle effacer les aspirations des migrants ? Comment ces représentations et catégories orientent-elles des parcours de vie marqués par le regard discriminant ou accueillant de l’autre et par le type de statut juridique éventuellement accordé ? Quels sont les mécanismes sociaux conduisant à l’acceptation, à l’incorporation, au détournement ou à la contestation de ces catégories ?

Quel rôle peut jouer l’art dans un potentiel processus de revisibilisation là où les mots ont souvent un effet lissant ?

À l’échelle des acteurs juridiques, politiques, associatifs et médiatiques, comment se construisent, se diffusent et s’imposent les systèmes de représentation dominants ? À quelles résistances font-ils face ? Quelles sont les stratégies de communication mises en place par ces acteurs et que révèlent leurs choix de mettre en avant certaines émotions ?

Comment une catégorie créée à l’intérieur du champ juridique peut-elle être reprise et transformée en passant dans le champ médiatique ? Quels rapports de pouvoir et d’influence illustre le passage de mots d’un champ à l’autre ?

Tant de questions qui soulignent que représentations et catégorisations ne peuvent être neutres, qu’elles sont instituées par ceux qui ont le pouvoir de nommer et qu’elles répondent sans cesse à des exigences sociales et politiques pouvant se décliner en différents champs. Cette journée d’étude aura
donc pour objectif d’apporter des pistes de réflexion sur le lexique de la migration et l’acception des mots dans des champs différents et s’inscrira dans la continuité du travail de rédaction d’un dictionnaire critique des migrations entrepris par le laboratoire Mouvances.

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