Les discontinuités du territoire urbain. Clivages sociaux, juridiques et religieux

21 janvier 2009

Vous pouvez également télécharger ce compte rendu au format pdf en cliquant ici (PDF - 199 Ko).

Après une riche séance en décembre 2008 sur les villes durant le haut Moyen Âge, le laboratoire junior VilMA poursuit son questionnement sur la ville médiévale en posant le problème de la définition des « territoires urbains ».
En effet, l’historien médiéviste ne semble pas pouvoir se contenter de la définition géographique courante de la ville comme un territoire de « continuité de l’habitat ». On sait désormais combien les agglomérations médiévales étaient « discontinues » : abondance des jardins et terrains non occupés à l’intérieur des murs, quartiers distants les uns des autres et de formes diverses selon la nature du processus d’urbanisation alors en cours. De plus, les clivages dans la population urbaine étaient importants, et se répercutaient ensuite dans le paysage urbain : quartiers séparés les uns des autres pour des raisons politico/sociales (quartiers fermés des magnats italiens, quartiers des étrangers) ou religieuses (quartiers confessionnels). Malgré tout, la ville médiévale a vu naître, avec les communes, une expérience de gestion politique collective inédite. La question de la discontinuité/unité de la ville médiévale est donc fondamentale.
La séance du 21 janvier 2009 avait pour but d’exposer divers types de « discontinuités » de l’urbanité médiévale, afin d’enrichir notre réflexion commune sur la définition de la ville médiévale et de ses problématiques.

Ont parlé au cours de cette séance (dans l’ordre de passage au cours de la journée) :
- E. Hubert (EHESS) : Résidence et citoyenneté dans la villes médiévales
- C. Quertier (VilMA) : Organiser la présence étrangère en ville, les nationes
- F. Masè (Univ. Evry) : Les patrimoines immobiliers à Venise
- Ch. Cailleaux (Univ. Bourgogne) : Les communautés non chrétiennes à Tortosa
- S. Duval (VilMA) : Les monastères féminins, des enclaves dans la ville ?

Etienne Hubert : Résidence et citoyenneté dans les villes médiévales

La question de la définition du territoire urbain est aussi celle de la « constitution » progressive de ce territoire, qui implique la création de nouveaux quartiers mais aussi la naissance de nouvelles relations de dépendances entre propriétaires et occupants des terrains. La phase des Xe-XIIIe siècles a vu les villes italiennes progresser de façon importante et rapide, bien qu’irrégulière : la population urbaine est, durant ces trois siècles, multipliée par 5 ou 6.
Les villes sont alors le lieu de grandes opérations de lotissement des terres situées en général aux marges des centres historiques (très réduits au haut Moyen Âge). Les monastères périurbains sont les acteurs principaux de ces opérations immobilières. La caractéristique juridique principale de cette phase de lotissement est la séparation entre possession du sol et possession du bâtiment (le sol restant propriété éminente du premier propriétaire, tandis que le bâtiment devient propriété du nouvel arrivant qui doit le construire à ses frais). Il s’agit d’une innovation par rapport au droit romain. Plusieurs types de contrats existent, mais les plus courants, jusqu’à la fin du XIIIe siècle, sont des contrats d’occupation du sol de longue durée, renouvelables.
Les grands propriétaires périurbains réussissent de cette manière à attirer de très nombreux nouveaux citadins, et se constituent ainsi un réseau de fidèles. Il ne s’agit pas là seulement d’un « residuo feudale » (G. Fasoli), mais bien de nouveaux liens relevant d’une forme de seigneurie foncière urbaine étendue. Les « locataires » des terres de grands propriétaires sont en effet soumis non seulement à des obligations réelles (cens, taxe de renouvellement) mais aussi à des obligations personnelles (prestationes dues au dominus), attestées dans de nombreux documents (ex : l’occupant d’un terrain à Padoue en 1228 doit aider, si besoin, son propriétaire, cum sua propria persona). Ces seigneuries ont été jusqu’à maintenant négligées par l’historiographie.
Les communes, lorsqu’elles se constituent, voient donc d’un mauvais œil ces pouvoirs locaux qui donnent naissance, comme à Rome, à des castes de puissantes familles urbaines. Les normes relatives au droit de cité sont de bons indicateurs de la politique communale. Parmi ces normes figure toujours l’obligation de résidence dans la cité, ses bourgs ou faubourgs, selon des modalités variées : du simple fait d’habiter la ville jusqu’à l’obligation d’être propriétaire de plein droit de son habitation. Certains statuts communaux précisent même la valeur que doit atteindre le bien immobilier du citoyen (Padoue 1262, Ferrare 1287).
Les autorités communales cherchent par là à contrôler l’urbanisation et à limiter la puissance sociale des grands propriétaires. On assiste même à de grands programmes « d’affranchissement » des sols : à Reggio d’Emilie en 1242 les propriétaires de terrains sont contraints de les vendre au prix fixé par la commune. Les communes prennent parfois le relais dans l’urbanisation de nouvelles zones urbaines, grâce à l’acquisition forcée des terrains de grands propriétaires : une vaste opération de ce type est très bien documentée à Assise en 1316.
Cette politique communale s’inscrit dans le cadre général de la lutte contre les magnats. Elle n’aboutit pas toujours (cas de Rome).

- Voir : "Urbanizzazione, immigrazione e cittadinanza (XII-metà XIV secolo). Alcune considerazioni generali", dans La costruzione della città comunale italiana (secc. XII-inizio XIV), Atti del XXI convegno internazionale del Centro italiano di studi di storia e d’arte, Pistoia, 2009, à paraître.

La discussion a porté principalement sur la définition de ces « liens personnels » et sur le contrôle éventuel du marché immobilier par les communes.

Retour au sommaire

Cédric Quertier : Comment organiser la présence étrangère dans les villes d’Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècles) : communautés et nationes

La présentation s’appuie sur les actes du colloque : Comunità forestiere e nationes nell’Europa dei secoli XIII-XVI, a cura di Giovanni Petti Balbi, Naples, GISEM, Ligori Editori, 2001.
Les étrangers se regroupent en « nations » dans les villes médiévales principalement pour des raisons de représentativité par rapport aux autorités et de solidarité à l’intérieur de la communauté étrangère. Ces nations sont de deux types : celles des étudiants et celles des marchands.
- les nations étudiantes : plusieurs modèles de formations existent (d’abord à la naissance de l’université à Bologne, puis à Paris), et leur nombre varie (quatre à Paris représentant les quatre points cardinaux et donc la perfection, un nombre variable en Italie, avec toutefois la récurrence de la coupure ultramontium/citramontium) selon les cas. Les nations acquièrent progressivement un rôle institutionnel auprès des universités : les étudiants étrangers sont obligés d’en faire partie et bénéficient d’aide pour leur installation, mais les nations peuvent en retour servir d’interlocuteur commode avec les institutions citadines, voire interagir sur les relations diplomatiques de la ville d’accueil (les relations de Padoue avec l’Europe centrale sont excellentes, ce qui transparaît dans son recrutement). L’identification culturelle « commune » de leurs membres passe notamment par le culte de saints spécifiques et la célébration de certaines fêtes, sans pour autant que la coupure soit totale avec les membres de la cité d’accueil. A usage interne au sein de l’université, les nations étudiantes ne représentent pas au total une discontinuité totale.
- les nations marchandes sont plus « sélectives » : elles regroupent les étrangers ayant un véritable rôle économique dans leur ville d’accueil. Ces nations sont dirigées par des consuls (désignés par la ville d’origine, parfois élus par la communauté), qui serviront d’interlocuteurs avec les autorités locales, et sont parfois dotées d’une administration complexe (nation florentine de Naples, 1430). Ces consuls ont une quadruple fonction :

  • 1) garantir la sécurité des marchands pour leurs biens et leur personne
  • 2) présider les cours de justice réglant les litiges au sein de la communauté ou si un marchand de la communauté est accusé par un « autochtone »,
  • 3) administrer les biens et les revenus de la ville dont ils sont issus, qui peut être un propriétaire « public » : la discontinuité spatiale s’ajoute donc à la discontinuité juridique et sociale,
  • 4) assister les marchands dans la rédaction de leurs actes (contrats, mais aussi testaments).

Des fêtes, des dévotions, voire des vêtements spécifiques lors des processions distinguent et soudent les membres des différentes nations étrangères. Matériellement, de nombreux exemples montrent que leur implantation territoriale se fait par l’appropriation d’un quartier cohérent (Sainte Croix à Nantes pour les Espagnols, les Lucquois à Bruges, Génois à Séville, etc). Les plus prospères des nations bâtissent des palais (loggia des Florentins à Bruges). Les colonies italiennes à Byzance et en mer Noire peuvent même bénéficier de l’extraterritorialité.
Notons que des cas intermédiaires existent : des groupes de marchands assez puissants, sans être institutionnalisés en nation (les Allemands à Milan), des étrangers qui colonisent l’administration locale (les Toscans en Sicile aux XIV-XVe), des sociétés d’armes recrutant des étrangers (Bologne). Le système des funduk/fondaci est également une discontinuité structurante dans toute les villes marchandes de la Méditerranée (cf. Constable O.R., Housing the Stranger in the Mediterranean World : Lodging, Trade and Travel in Late Antiquity and The Middle Ages, Cambridge university Press, 2003).

La discussion porte ensuite sur le regroupement spatial des étrangers, selon les villes qui adoptent souvent des solutions différentes (Fondachi à Venise, quartiers de Constantinople). Il existe une tendance générale au regroupement de la part des étrangers dans les villes, car cela leur offre différentes commodités (paroisses, lieux de commerce, services…).

Retour au sommaire

Federica MASÈ : Les Discontinuités à Venise, grâce à l’exemple des patrimoines immobiliers de l’évêque de Castello et du monastère San Giorgio Maggiore

Les patrimoines immobiliers ecclésiastiques permettent d’étudier de manière efficace l’évolution des possessions foncières, grâce à la continuité dans l’institution dans le temps. De plus, les établissements religieux sont en général des propriétaires qui figurent parmi les plus importants des villes, et ils ont souvent joué un rôle important dans le processus d’urbanisation.
À Venise, qui présente bien sûr un cas spécifique du fait de sa situation au sein d’une lagune, les patrimoines fonciers sont en général situés autour de monastères qui, jusqu’au Moyen Âge central, se trouvaient isolés sur des îles. Selon les établissements, il peut exister soit une tendance qui vise à renforcer l’isolement naturel du monastère, soit au contraire à exploiter le patrimoine foncier et à le lotir. Toutefois, même dans le cas de monastères qui s’insèrent dans le milieu urbain, l’isolement reste en général maintenu grâce à l’existence d’un pont, clos la nuit, franchissant les canaux qui entourent le monastère, et/ou à la fermeture du campo du monastère.

1) Des patrimoines compacts autour des établissements. Exemple de l’île de Castello

Il s’agit d’un quartier excentré et « spécialisé », où loge le personnel de l’évêque (chanoines, prêtres, notaires, barcarolo, vigneron, mais aussi le gastald, administrateur des biens de l’évêque, et ses dépendants). Ce personnel paye un loyer modique. En outre, on trouve aussi des « pauvres femmes » qui payent elles aussi un loyer peu important voire sont logées gratuitement par charité.
Les îles abritant les monastères ressemblent toutes au modèle de l’île de Castello : autour de l’établissement principal (monastère ou complexe cathédral) on trouve la maison du gastald, des logements occupés par le personnel externe du monastère et quelques « pauvres femmes » (une caractéristique vénitienne), une scola à destination des laïcs, le tout n’étant accessible que par un pont.

2) Le cas du monastère San Giorgio Maggiore

Ce monastère bénédictin, situé en face de San Marco, est une fondation ducale. La famille de Ziani semble avoir une véritable emprise sur cet établissement : elle lui fait don de toute une rue bordée de boutiques, d’une cour d’habitation (la cour San Zorzi) située en pleine ville, et d’autres boutiques sur le Rialto.
sur l’île de San Giorgio, il n’y a pas d’urbanisation, malgré la proximité du centre. Les religieux y louent difficilement quelques entrepôts.
en revanche la cour San Zorzi (Giorgio en vénitien), donnée par les Ziani, est une sorte d’ « île du monastère », correspondant au modèle défini précédemment, mais qui n’est pas située sur l’île « géographique » du monastère. On y trouve donc le facteur du monastère, le personnel, dont un avocat au XVIe siècle, des femmes pauvres veuves, comme dans les autres complexes immobiliers religieux. En 1469, on trouve 23 contrats de location. Puis au XVIe siècle, ce nombre diminue car les religieux louent des appartements plus grands, des « case da stazio ». Les pauvres veuves disparaissent.

La discussion porte ensuite sur le rôle des établissements religieux dans l’urbanisme médiéval en général. F. Masè souligne que lors de la conquête de Constantinople, un quartier à urbaniser est confié par les autorités vénitiennes à 3 ecclésiastiques, dont le patriarche de Grado, étant donné leur « expérience » en ce domaine.

Retour au sommaire

Christophe Cailleaux : Les Communautés non chrétiennes à Tortosa (Catalogne) au XIVe siècle

La ville de Tortosa, qui fut capitale de taïfa, est conquise en 1148. Dès cette date, des chartes de franchise sont octroyées aux communautés juives et musulmanes demeurant en ville : les musulmans qui n’ont pas fui pourront habiter un quartier en-dehors de murailles, au pied du château ; les juifs sont installés dans les anciens chantiers navals, en terre inondable hors les murs. Ces terrains sont donnés en alleu.

1) Ségrégation

Il y a donc d’emblée une exclusion. Le fait que les deux communautés non-chrétiennes soient rejetées hors de la ville dès la conquête est rare. Au XIIIe siècle toutefois, ces quartiers sont inclus dans les nouvelles murailles, et les juifs bénéficient d’un 2e quartier (call).
Au XIVe siècle, pour 1000 feux chrétiens, on dénombre 100 feux juifs et 50 feux musulmans. Les quartiers des communautés juive et musulmane sont « réservés » : les chrétiens peuvent y louer des maisons, mais non pas y habiter. Chaque communauté a une existence juridique. Ces entités sont directement dépendantes de la monarchie, ce sont les « coffres et trésors du roi », et échappent à la juridiction communale.
Ce sont des quartiers réellement différents, qui sont dès le XIIIe siècle protégés par des murailles spécifiques et des gardes royaux. Les femmes et les convertis chrétiens ont interdiction d’y pénétrer. Les juifs et musulmans doivent toutefois respecter le dimanche (ne pas faire entendre qu’ils travaillent) car il faut respecter l’ordre global chrétien. Existe aussi une ségrégation par l’habit : cf. prescription de Latran IV. À Tortosa en 1270, les juifs portent une cape sombre, qui ne doit être ni rayée, ni rouge, ni verte. Les hommes musulmans doivent quant à eux porter leur tunique traditionnelle, les barbe et les cheveux coupés « en rond ». Les femmes juives et musulmanes doivent porter l’alfidara. La rouelle n’apparaît qu’à partir des années 1320. La norme n’est vraiment respectée qu’en 1380/90. Cela va de pair, semble-t-il, avec une augmentation générale de la ségrégation.

2) Moments de rencontre

Des rencontres avant tout « économiques » : sur l’espace du marché. En 1325, cette place est détériorée par une inondation. Plusieurs habitations du quartier juif voisin s’effondrent sur la place. Un procès est mené devant la justice royale : les juifs soutiennent que, la place du marché étant un espace commun, toutes les communautés doivent participer aux frais de réparation ; les chrétiens (et musulmans) disent que les juifs doivent supporter seuls les frais. Finalement ces frais sont partagés, mais la place est déplacée vers le centre-ville chrétien.
Quand Pierre IV d’Aragon meurt, une procession est organisée dans la ville. Juifs et musulmans participent à cette procession.
Les violences de la semaine sainte : annuellement, la foule chrétienne se rend vers le quartier juif et jette des pierres. S’agit-il seulement de violences « rituelles » (D. Irenberg) ? En 1391, l’onde de massacres qui traverse l’Europe touche la Catalogne.
La violence envers les communautés non-chrétiennes est d’autant plus grande que la volonté d’exclure//soumettre voire d’assimiler ces populations à l’ordre chrétien se renforce.

La discussion porte sur le rapport des juifs avec la commune de Tortosa et la Couronne d’Aragon : ils ne sont pas des « citoyens » mais des « habitants », pour autant il ne sont pas considérés comme « étrangers » (il y a aussi des juifs étrangers). Ils payent leurs impôts directement au roi. S’attaquer aux Juifs, c’est s’attaquer au roi (protection mais aussi exposition lors des révoltes contre le pouvoir).

Retour au sommaire

Sylvie Duval : Les Monastères féminins en ville : des enclaves dans le territoire urbain ? (XIIIe - XVe siècles)

À la fin du Moyen Âge, les monastères féminins en ville deviennent beaucoup plus nombreux, d’abord à cause des fondations « mendiantes » (XIIIe), puis à cause des déplacements des monastères ruraux dans les centres-villes (fin XIVe).

1) L’installation en ville

Les monastères qui s’installent dans les faubourgs au XIIIe siècle sont en général de petite taille (10 à 30 religieuses) ; ils sont souvent près des couvents d’hommes, parce que ceux-ci doivent s’occuper de la cura des religieuses, mais aussi simplement à cause du coût moindre des terrains situés hors les murs. Ex. de Strasbourg : 7 monastères de dominicaines à la fin du XIIIe.
Le transfert des monastères dans les centres : un ensemble de causes (épidémies, grandes compagnies, mais aussi début du mouvement de l’observance) conduisent la plupart des monastères de femmes à changer de site à la fin du XIVe siècle (ex. Provence, voir cahiers de Fanjeaux 44). Les nouveaux monastères quant à eux sont fondés directement à l’intérieur des villes (ex. Pise).
« Grignotage du quartier environnant » : le transfert ou la fondation des établissements féminins se fait en plusieurs étapes. Les monastères féminins, installés au départ dans de simples maisons, ont besoin d’une surface de plus en plus grande : les religieuses acquièrent peu à peu les terres et maisons qui entourent leur monastère, jusqu’à « neutraliser » une grande surface foncière. Ex de San Domenico de Pise, du Corpus Christi de Venise.
Réaménagement du quartier ? l’installation des moniales se fait en général dans des quartiers délaissés, qui retrouvent ainsi une utilité (contexte de crise économique). Mais ces installations empêchent d’une certaine manière des développements ultérieurs, car les monastères féminins, au contraire des couvents de frères mendiants, ne créent pas de quartier autour d’eux.
2) Les adaptations au milieu urbain

La clôture. Intérieur du monastère séparé du complexe ab extra. Séparation par des portes, murs, grilles, rideaux…Cela pose des problèmes dans un milieu urbain où règne généralement la promiscuité. Les normes de clôture deviennent plus sévères au XVe puis XVIe siècle, ce qui peut provoquer des « dislocations » de quartiers (R. Trexler). Les fenêtres en particulier posent problème. Les architectes de la Renaissance tels Alberti ou Filarete réfléchissent à ces problèmes.
Conflits avec le milieu urbain : outre les problèmes « architecturaux », il faut penser aux activités qui se déroulent autour du monastère et qui doivent être respectables dans la mesure du possible (ex. Aix-en-Provence : pas de tavernes, de prostituées). Le bruit, la musique et les fêtes sont un problème pour les moniales cloîtrées, qui développent le topos de la « musique céleste » pour ne pas se sentir troublées par la vie extérieure.
Les monastères féminins de la fin du Moyen Âge n’ont pas eu le rôle « urbanisateur » des grandes abbayes périurbaines du Moyen Âge central. Ils s’inscrivent dans un nouvel espace urbain, celui de la ville moderne, qui ne grandit plus guère mais qui se redéfinit. Les monastères clos et grillagés, véritables sanctuaires de la cité, vont devenir un élément constitutif de la nouvelle société urbaine.

La discussion est abrégée pour cause de retard sur l’horaire…

Retour au sommaire