Présentation du labo REPHAM

« Longue expérience des choses modernes et continuelle leçon des antiques » : c’est sous ce double patronage complémentaire que Machiavel place son ouvrage fondateur de la réflexion politique, Le Prince. Sous l’égide de la leçon de l’initiateur de la réflexion politique moderne, notre laboratoire, réunissant des jeunes chercheurs de plusieurs disciplines, se donne pour objectif d’étudier le rôle joué par la référence antique dans l’évolution de la pensée et des formes du pouvoir à l’époque moderne, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Nous souhaitons présenter ici nos méthodes de recherche et nos activités.

De Machiavel à Rousseau, s’élabore une réflexion où s’établissent les bases de l’ordre juridico-politique moderne, à travers les profondes mutations de la définition même du pouvoir politique et de ses procédés de légitimation. Dans cette évolution, la question de la réinterprétation de l’héritage antique s’avère fondamentale : l’Antiquité fournit à la réflexion politique des systèmes philosophiques, des notions clefs, mais aussi des figures caractéristiques, tirées de l’histoire ou de la mythologie, qui se trouvent prises à titre d’exemples, de modèles ou de repoussoirs. Ainsi la modernité entretient-elle un dialogue constant avec l’héritage antique, depuis les commentaires de Machiavel sur la première décade de Tite-Live jusqu’à la pensée des Lumières (Montesquieu et Rousseau se réfèrent en effet régulièrement à l’histoire romaine et grecque, notamment spartiate), en passant par la tradition jusnaturaliste du XVIIe siècle (Grotius, Pufendorf, Locke) qui reprend et redéfinit les concepts de potestas, potentia, imperium, auctoritas, empruntés au droit romain.

Comme la Renaissance – notamment italienne – instaure un rapport particulier et résolument nouveau (par opposition à la pratique du Moyen Âge) aux textes antiques, c’est sur elle nous avons ouvert notre champ de recherches - d’autant plus que les penseurs de l’âge classique et des Lumières prennent connaissance des textes antiques à partir des éditions établies à la Renaissance.

Mais on ne peut étudier cette réflexion sur le pouvoir indépendamment du contexte historique dans lequel elle s’inscrit, et avec lequel elle entretient des relations étroites. La réinterprétation de l’héritage antique s’accompagne, chez Machiavel comme chez Locke, Hobbes ou Montesquieu, de l’analyse de pratiques de pouvoir contemporaines, héritées du Moyen-Age. Nous aurons également soin d’aborder l’héritage médiéval, qui fournit certaines notions juridico-politiques essentielles aux penseurs modernes, qui infléchissent parfois leur perception de l’antiquité même. Pour reprendre la citation d’ouverture du Prince, nous verrons donc comment la « continuelle leçon des choses antiques » s’articule avec l’ « expérience des choses modernes » pour penser de nouvelles formes de pouvoir politique.

Cette réflexion ne s’inscrit pas uniquement dans un cadre philosophique. A travers d’autres moyens, la littérature et les arts proposent également une réflexion sur le pouvoir, en dialogue et parfois en opposition avec la philosophie ou avec les instances de pouvoir existantes : le règne de Louis XIV en donne une illustration exemplaire. Ce qui nous permettra d’aborder la question des différentes instances de pouvoir : si notre axe de recherche principal restera politique, du fait même des réalités historiques de la période étudiée, nous devrons également prendre en compte les interactions du pouvoir politique avec les autres instances de pouvoir, religieuses et sociales.

Pour aborder cet objet d’étude complexe, notre laboratoire s’articule autour de trois activités principales. Un séminaire général réunissant l’ensemble des membres du labo permet de confronter les différents aspects de notre question principale, tandis qu’un séminaire spécifique s’attache à la figure de Rousseau comme exemple particulièrement complexe et problématique des enjeux de pouvoir liés à la construction d’une figure d’écrivain. Trois journées d’études permettront de synthétiser et d’approfondir les résultats des travaux communs, en prélude à un colloque prévu à l’automne 2017. Une page de recensions permet d’exposer notre positionnement par rapport à la recherche déjà faite et en train de se faire.